«La Guinée a demandé son adhésion au Conseil des pays du Sahel»
ZAKARIA CISSÉ, CHEF DE LA DÉLÉGATION GUINÉENNE AU FGCT, À L'EXPRESSION
L'Expression: Quelle appréciation faites-vous de la réunion du groupe de travail sur le renforcement des capacités de lutte antiterroriste au Sahel?
Zakaria Cissé: La lutte contre le terrorisme est devenue aujourd'hui l'une des préoccupations mondiale, qui interpelle tous les pays et experts pour arrêter une stratégie commune en mesure d'éradiquer cette menace. Cela dit, aucun pays n'est à l'abri du terrorisme. De ce fait, une coopération régionale et internationale doit se faire pour mettre en oeuvre des stratégies communes portant sur la lutte antiterroriste et la grande criminalité. En plus, les travaux du Forum portent notamment sur le terrorisme et la grande criminalité au Sahel, une question qui nous interpelle également nous, en tant que Guinéens. D'ailleurs, je pense que mon pays a introduit une demande d'adhésion au Cercle des pays du Sahel.
La Guinée a-t-elle réellement demandé son adhésion au Cercle des pays du Sahel (Cemoc), engagés dans la lutte antiterroriste et le crime organisé dans la région?
Je pense que la Guinée a sollicité les pays de la région sahélo-saharienne (Algérie, Mali, Mauritanie et Niger) pour qu'ils l'intègrent dans le cadre du mécanisme commun pour la lutte contre le terrorisme et la criminalité transfrontalière, en l'occurrence le Comité d'état-major opérationnel conjoint (Cemoc). La Guinée n'est pas touchée par le terrorisme, mais elle demeure fortement affectée par le trafic d'armes et la traite des êtres humaine.
Et puis, les armes qui transitent par la Guinée sont acheminées droit vers le Sahel où elles sont commercialisées. Il y a également sa position géographique par rapport aux pays du Sahel. Outre ses frontières avec un pays membre du Cemoc, à savoir le Mali, la Guinée partage de longues frontières avec des pays très instables, sortant à peine de la guerre civile et de tensions pratiquement permanentes, en l'occurrence le Sénégal, la Côte d'Ivoire, le Liberia.
D'où viennent ces armes, qui inondent le marché du Sahel et qui transitent par la Guinée?
A ce sujet, il faut dire que les processus de désarmement menés dans certains pays, en l'occurrence le Liberia et la Côte d'Ivoire à la suite des guerres civiles, qui ont eu lieu dans un passé récent, ont été mal réalisés. Aujourd'hui, les armes, tous calibres confondus, circulent à grande échelle dans la région. Profitant de la faiblesse des institutions des pays concernés, les réseaux de la grande criminalité alimentent le marché du Sahel, devenu, actuellement, une plaque tournante de tous les trafics.
Aujourd'hui, la Guinée constitue le passage idéal pour les réseaux de trafic d'armes, qui approvisionnent le marché du Sahel. Pour cela, la Guinée juge que sa position sur l'échiquier régional lui permet de prendre part au Cemoc. Car la Guinée est aussi gravement touchée par la grande criminalité, qui s'étend jusqu'aux pays du Sahel. Les réseaux de la criminalité et du trafic, notamment d'armes en Guinée, élargissent leurs activités pour faire passer leurs armes au Sahel, où ils trouvent un marché transnational, de plus en plus juteux. Donc, la Guinée est concernée d'une manière ou d'une autre par les objectifs arrêtés par les pays du Sahel, qui souffrent de la menace terroriste et du banditisme transnational.
Quelles sont les motivations ayant poussé la Guinée à solliciter les pays du Sahel pour une éventuelle adhésion?
D'abord, il faut savoir que la coopération dans le cadre sécuritaire entre la Guinée et les pays de Sahel, notamment l'Algérie, est permanente. Donc, la coopération est déjà établie. A cela s'ajoute la position de la Guinée qui, comme je l'ai déjà dit, sert de réservoir et de passage d'armes, provenant des pays entourant la région subsaharienne, qui nourrit le marché du Sahel, menaçant la sécurité régionale. Par conséquent, la Guinée se trouve incluse dans les préoccupations des pays du Sahel et des objectifs de ces pays portant sur le développement, la lutte contre le terrorisme et la grande criminalité.
Kamel LAKHDAR-CHAOUCHE











