Il y a encore des préalables à lever avant d'envisager une intervention au Mali

Dans un chat, jeudi 12 juillet, Alain Frachon, directeur éditorial du Monde, analyse l'actualité internationale en insistant sur les tragédies au Mali et en Syrie.

André : D'après les dernières informations, le nord du Mali est totalement aux mains des islamistes radicaux. Un nouvel Afghanistan aux coeur de l'Afrique et aux portes de l'Europe ? Y'aura-t-il une intervention, au moins de l'Union Africaine, pour éviter la contagion ?

Alain Frachon : J'aurais tendance à me méfier des comparaisons historiques ou géographiques.

J'aurais également tendance à croire, quitte à me tromper, que l'ensemble de la région sahélienne est assez éloigné de l'Europe et, par sa population et sa localisation, peut- être moins stratégique que l'Afghanistan.
Si une comparaison devait être formulée, je penserais plutôt à une situation à la somalienne.
Pour autant, cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas prendre très au sérieux la victoire militaire de différents groupes islamistes au Nord-Mali, et leur mainmise sur cette région, sur ces villes, de même que le contrôle qu'ils peuvent exercer à la frontière des trois ou quatre pays voisins.
On peut même dire que le terrain, en l'espèce, l'éloignement, est un facteur d'aggravation de la situation dans la mesure où il rend très difficile pour les armées des Etats de la région - qui sont en général de toutes petites forces militaires - d'envisager une intervention.
C'est pourtant sans doute vers ce dernier scénario que l'on s'oriente. Mais il y a des préalables. J'en vois un, très politique, qui concerne la situation à Bamako. Il est difficile d'envisager une intervention de l'Etat central malien, ou sa participation, à une opération multilatérale africaine tant que la situation politique malienne à Bamako n'est pas assainie.
C'est aux Maliens d'en décider. Ce que l'on peut dire pour l'heure, c'est qu'un putsch militaire décidé précisément au nom de la non-intervention du pouvoir central dans le nord du pays a vraisemblablement plus paralysé l'Etat malien qu'autre chose. En ce sens, les putschistes portent une responsabilité dans le statu quo, qui n'en est pas un d'ailleurs, puisque depuis leur prise du pouvoir, les groupes islamistes du nord sont allés de victoire en victoire.