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La femme africaine, un atout pour propulser le continent vers la prospérité

Il est difficile de rester indifférent face à l’essor économique de l'Afrique. En effet, la forte croissance enregistrée pendant plus d’une décennie a fini de positionner le continent africain comme une destination crédible pour l’investissement. Ce n’est donc pas un hasard si l’Afrique s’est remise de la crise financière mondiale plus rapidement que les autres régions du globe.

 

Cette Journée internationale de la femme est pour nous l’occasion de rendre hommage la jeune fille et à la femme africaines, tant pour leur esprit d’endurance que pour les sacrifices consentis par elles. Cette commémoration nous permet aussi d’apprécier l’ampleur des opportunités manquées de prendre à bras le corps les nombreux obstacles qui continuent de parsemer le parcours de la gent féminine en Afrique. Des obstacles qui ont conduit à la marginalisation économique des celles qui aujourd’hui représentent 50% de la population africaine.

En Afrique en effet, la féminisation de la pauvreté demeure un problème aigu. En Angola, au Mozambique, au Liberia et en Sierra Leone, une fillette sur 20 perdra la vie à l’accouchement. La femme africaine est 25 fois plus exposée à décéder lors de l’accouchement que l’Européenne. Dans 28 pays, les jeunes filles continuent de subir les mutilations génitales. De même, les femmes représentent la majorité des 800.000 Africains victimes du trafic humain. Pour chaque jeune homme infecté du VIH/Sida, on compte trois jeunes filles qui subissent le même sort.

Mais la femme africaine reste malgré tout, la personnification de l'Espoir ; elle représente la force du continent mais aussi une opportunité. Le taux de l'entrepreneuriat féminin est plus élevé en Afrique que dans toute autre région du monde. C’est aussi un pays africain, en l’occurrence le Rwanda, qui détient le plus fort taux de représentation féminine au parlement. De même, le taux de scolarisation primaire est passé de 84 filles pour 100 garçons en 1991 à 91 filles pour 100 garçons en 2009.

Des progrès importants ont été accomplis en matière de l'égalité des sexes, mais de grands défis persistent. Le ratio filles / garçons dans l'enseignement secondaire a à peine progressé au cours des 18 dernières années, passant de 76 filles pour 100 garçons à 79. Dans l'enseignement supérieur, on compte seulement 68 filles pour 100 garçons. En matière de représentation au parlement, le Rwanda est l’exception qui confirme la règle, vu que la moyenne en Afrique se situe autour de 18%.

Seul un agenda inclusif en matière de genre peut permettre de faire du chemin vers l’atteinte des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). Il s’agit donc de donner libre cours au potentiel des femmes. Un tel agenda devrait faire progresser l'éducation des femmes et l'accès à l'information ; affirmer leurs droits, leur faciliter l'accès aux intrants agricoles et garantir la sécurité sur leurs terres. Il s’agira aussi de promouvoir l'entrepreneuriat féminin et accroître la participation des femmes à la gestion de la chose publique. Pour y parvenir, une action urgente s’impose dans cinq domaines clés.
En premier lieu, davantage de filles africaines doivent aller à l'école et y rester assez longtemps pour acquérir des compétences essentielles au succès. Les filles ont besoin de soutien aux niveaux secondaire et postsecondaire, période de transition à la vie active. Il est également vital pour les jeunes filles d'acquérir des aptitudes non académiques qui permettent à l'innovation et à l'esprit d'entreprise de germer lorsqu'elles sont confrontées à des limitations.

Il faut ensuite garantir la protection des droits des femmes, condition essentielle à la mobilité économique. Plus que la réglementation des affaires, les lois sur la famille et l'héritage, sur le mariage, le marché du travail et sur les droits fonciers ont un impact direct sur la prise de décision économique et l'autonomisation des femmes. Dans de nombreux pays africains, il existe une nécessité impérieuse de réformer les restrictions légales sur la mobilité des femmes, le travail hors du cadre domestique ou encore le contrôle des biens personnels.

Troisièmement, il faut que les femmes doivent avoir accès aux moyens de production. Dans le domaine de l’agriculture, par exemple, si les femmes avaient accès aux intrants agricoles au même titre que les hommes, leur productivité pourrait augmenter de 10 à 30%. Pour y parvenir il est nécessaire de concevoir des programmes innovants visant à mettre ces intrants agricoles à la disposition des femmes. Il faudra aussi agir de manière concertée pour préserver leurs droits a la propriété terrienne. Il n’en faut pas moins pour changer la trajectoire de la productivité agricole aussi bien des femmes que du continent dans son ensemble.

Quatrièmement, étant donné que les femmes africaines sont actuellement en grande concentration dans les secteurs les moins productifs de l’informel, il faut leur faciliter l’accès au crédit. Il s’agit d’aller au-delà de la micro finance, pour mettre à la disposition des femmes des montants beaucoup plus élevés à très faible taux d’intérêt remboursables sur une longue échéance. A cela devra s’ajouter une assistance technique au moment opportun afin de mieux outiller les femmes entrepreneurs.

Des progrès sont possibles et peuvent être réalisés rapidement, comme l’a si bien démontré le succès enregistré en matière de taux de scolarisation primaire. Il ne s’agit pas d’une action purement symbolique. Même si l'éducation est un point de départ essentiel, ce n’est que le premier obstacle sur un parcours parsemé d’embûches. Pour réduire l’écart entre les sexes en matière de revenus et l’autonomisation en Afrique, le continent a grand besoin d’écouter sa moitié manquante car cette dernière contribuera à la concrétisation d’un agenda plus représentatif et inclusif bâti sur les bonnes priorités : plaider pour des engagements plus importants en faveur des pauvres, des enfants et l’adoption des politiques en faveur des femmes et des réformes.

Pour réussir, gouvernements et citoyens africains doivent travailler avec le secteur privé, la société civile, les communautés et les amis de l'Afrique dans la communauté du développement. Il sera nécessaire de faire preuve d’une volonté politique soutenue, une détermination à appliquer les lois et politiques favorables aux filles et aux femmes.

La Banque mondiale contribue à la poser les jalons de l’édifice du progrès et se tient à l’écoute des populations pauvres tout en reconnaissant que c’est au peuple africain qu’il revient de prendre les devants pour l’aboutissement de ce processus. La Banque a élaboré une Feuille de route et un Plan d’action pour l'intégration des femmes. Ces instruments favorisent l’accès des femmes à la terre, aux intrants agricoles, aux infrastructures, au marché du travail et aux services financiers. Par le biais de l’Initiative en faveur des filles adolescentes, des mentors ont accès à une formation et habilite les jeunes femmes à aborder en toute sérénité la transition vers la vie active.

La Société financière internationale (IFC), branche du Groupe de la Banque mondiale chargée des opérations dans le secteur privé, a investi au total 170 millions de dollars dans le cadre de l’Initiative en faveur des marchés de l’entreprenariat basée sur le genre. Des milliers de femmes ont bénéficié de cette dans 23 pays d’Afrique subsaharienne.

C’est donc dire que la question du genre est un sujet qui nous tient à cœur. Le rôle de l'égalité des sexes dans le développement fera l’objet de l’édition 2012 du Rapport sur le développement dans le monde. Le genre est l'un des thèmes de développement autour desquels s’articulera l’action de l’Association internationale de développement lors de sa 16e tranche qui durera trois ans (2011-2014) grâce à un financement de 49,3 milliards de dollars orienté au profit des 79 pays les plus pauvres du monde, dont 38 sont en Afrique. Objectif: intégrer et promouvoir la compréhension de l’importance de la dimension genre en matière de développement.

Début mars, le Conseil d’administration de la Banque mondiale a approuvé notre nouvelle stratégie de partenariat avec l'Afrique. Entre autres, la nouvelle stratégie permettra d'approfondir et d'accélérer la croissance économique de manière à ce qu’elle se traduise par la création d’emplois, s’appuie sur des fondements solides, diversifiés et inclusifs, pour le bénéfice des populations pauvres et vulnérables, notamment les filles et les femmes. Car de leur bien-être dépend aussi celui des enfants et des générations futures. La question du genre, jusqu’ici perçue comme un obstacle, offre en fait des opportunités encore inexploitées qui pourraient propulser davantage l’Afrique dans son ascension fulgurante vers la prospérité.

* Mme Obiageli Ezekwesili est la Vice-présidente de la Banque mondiale pour la Région Afrique.
 

 
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