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« Nouvelle génération guinéenne : regards d’avenir »

guinee.com - Ismael Bah colloque 21-01-2012

Discours de Monsieur Ismaël BAH, Président de Guinée-Codéveloppement
Colloque «Nouvelle génération guinéenne : regards d’avenir» à l'Assemblée Nationale Française, Palais BOURBON, samedi 21 janvier 2012

 


Monsieur le Ministre,
Son Excellence Monsieur l’Ambassadeur
Mesdames et Monsieur

Je suis très heureux de vous accueillir ce matin et d’ouvrir cette conférence organisée par l’ONG GUINÉE CO-DÉVELOPPEMENT que j’ai l’honneur de présider.

Cette manifestation se déroule sous l’égide de l’Assemblée Nationale et sous les ors de la République française. J’y vois le symbole de l’attention que la France porte à la République de Guinée et de la confiance qu’elle place dans le Président de la république nouvellement élu en Guinée pour affermir le processus démocratique instauré au prix de la vie de nombreux Guinéens.

Je remercie tout particulièrement mon ami, Jacques GODFRAIN, ancien ministre de la coopération, ici présent qui a beaucoup appuyé notre proposition auprès M. Jérôme CHARTIER, député que je remercie d’avoir accepté l’organisation de ce colloque. Je remercie également Monsieur Alain JUPPÉ, pour son soutien.

Je suis aussi profondément honoré de recevoir son excellence, M. Amara CAMARA, Ambassadeur de Guinée en France. Il interviendra sur la Guinée, la nation Guinée, sujet qui occupe plus particulièrement les pensées d’une bonne partie des participants. Sur ce point, le mot nation, pris dans son sens moderne, est assez proche de celui de peuple, mais ajoute souvent l'idée d'État. Car selon Ernest RENAN, écrivain français, « l’existence d’une nation est un plébiscite de tous les jours ». Et en effet, l’histoire récente de l’Afrique nous rappelle qu’une démocratie préservée est source de stabilité et de prospérité pour la nation. Tandis que la moindre défaillance de la part des dirigeants, le moindre relâchement de la part des peuples, peut conduire à l’embrasement. 2011 a été de ce point de vue, marqué par de nombreuses révoltes populaires, et par des affrontements violents incessants sur le continent africain.

 

Pour prendre part au développement de la Guinée, ce colloque réunit des acteurs dont l’aide est précieuse. Nous accueillons, Mme Martha BREEZE, Directrice de l’Office Français de l’Immigration et de l’Intégration pour parler des dispositifs d’aide au retour à destination des diasporas. Mme Christine HEURAUX, la Directrice du pôle accès à l’énergie d’EDF.

Ses missions sont tournées vers les pays en développement pour lesquels elle est en charge de la stratégie des partenariats et de la communication d'EDF ce qui lui a ouvert de nouveaux champs de compétences vers l'Afrique. Elle est l'auteur du livre «L'électricité au cœur des défis africains» et plus récemment de «La formation au cœur du développement».

Heureusement, pour le projet d’électrification rurale en Afrique de l’Ouest, la Banque mondiale lui a donné rendez-vous pour discuter de ce projet. Elle a sollicité Monsieur Emmanuel SELLER, Directeur adjoint Afrique d’EDF qui interviendra sur ces problématiques. Nous avons l’honneur d’accueillir aussi Mme Yvonne TRITZ, Adjointe au Maire d’une grande commune touristique de La Martinique, Le Marin, mais également la présidente du Comité du tourisme de cette ville. Elle va nous parler du développement touristique.

Enfin, je remercie tout particulièrement nos nombreux compatriotes, ici présents, dont certains ont fait le déplacement tout spécialement de Guinée, d’Europe, des États-Unis, du Canada et d’Afrique.

Je remercie aussi, la représentation de parlementaires Africains présente dans cette salle et enfin les représentants de la grande Entreprise « la Solution » qui sont arrivés ce matin de Conakry.

Le discours est certes important, mais les actes sont essentiels et il me semble qu’aujourd’hui compte tenu des circonstances il faut aller au but. Je vois que j’ai en face de moi des cadres de très haut niveau, des chefs d’entreprise, des intellectuels, des étudiants mais aussi des personnes d’origine guinéenne ou pas mais qui ont tous a cœur l’avenir de la Guinée.

Il faut être pragmatique, pour parler de notre patrie la Guinée, et lorsqu’on s’y trouve, car j’y suis régulièrement, on peut avoir un regard et un discours classique, sur la beauté du paysage, sur la misère, etc. Ces constatations nous les connaissons et les grands discours de compassion sont importants mais ne sont pas suffisants.

Parce que ce qui est essentiel aujourd’hui je crois, et c’est la démarche de notre génération et celle de Guinée Co-développement, c’est d’avoir pleine conscience de tourner la page de l’histoire de notre pays en se disant que nous avons une superbe page à écrire et donc un avenir meilleur à bâtir pour nous les Guinéens.

Mais pour résoudre les problèmes, politiques et sociaux, il faut d’abord créer de la richesse et exploiter complètement mais judicieusement nos ressources, pour devenir une nation prospère et autonome.

A partir du moment où l’argent sera là, nous pourrons nous attacher à détruire ce cercle que j’appelle le cercle de la peine, de la pauvreté, de la maladie, de la misère et aller vers ce dont nous regrettons tous les jours, l’accès à l’eau, à l’électricité, à l’éducation, et ensuite au développement économique.

Le schéma qui a prévalu depuis cinquante ans dans notre économie est celui des bailleurs de fonds, qui ont imposé ce qu’ils pensaient être le meilleur sans doute mais on voit bien que ce système s’essouffle.

Il est important aujourd’hui que notre pays s’autonomise et prenne son destin en main, je ne parle pas de destin dans l’absolu mais son destin économique.

Nous pouvons regretter la défaillance des bailleurs de fond ou les détournements des deniers publics par des élites corrompues mais ce qui est important, c’est de changer d’approche et d’aller le plus rapidement possible vers beaucoup plus de pragmatisme.

J’ai, en effet, le sentiment qu’en Guinée nous sommes à un moment de basculement car nous sommes détenteurs d’un levier économique potentiel considérable, les matières premières.

Je crois que nous pouvons avoir le sourire et être joyeux au sens noble du terme, tout est possible en Guinée mais à condition que nous prenions véritablement notre destin en main.

Comment faire pour avoir une attitude qui change ? Vous êtes cadres supérieurs, chefs d’entreprise, étudiants diplômés, il est essentiel à un moment ou à un autre que vous puissiez retourner apporter vos compétences à la Guinée et contribuer au développement économique de notre pays d’origine.

Je sais que les conditions de vie y sont difficiles, qu’il y a beaucoup de choses à reconstruire mais il faut qu’une classe de cadres dirigeants puisse tirer le pays vers le haut, vienne véritablement prendre les choses en main et vous pouvez en faire partie.

Il y a point essentiel sur lequel j’insiste et il ne faut pas hésiter de le répéter, aujourd’hui : si nous savons utiliser nos potentiels, ressources minières, agricoles, halieutiques et surtout humaines pour valoriser ces dernières, la Guinée fera partie des prochaines puissances économiques.

Par contre, si nous ne sommes pas vigilants sur l’utilisation de ces richesses, seul réel actif nous permettant de nous développer, nous courrions à notre perte. Il faut que des hommes et des femmes comme nous prennent leurs responsabilités.

Nous savons tous que le premier fléau qui a empêché le développement de notre pays est la corruption des élites au pouvoir. Plus préoccupées par leur enrichissement personnel et de leur famille au détriment de leur peuple, elles ont sévi pendant des années bloquant toute croissance de leur pays.

Elles ont, entre autres, rendu en grande partie l’aide internationale inefficace. En effet, la plupart partie des sommes débloquées pour des projets pour les habitants n’arrivaient pas à leur destinataire ou finançaient des travaux à moindre coût vite dégradés à cause de leur mauvaise qualité ou complètement inadaptés au contexte. Ces systèmes destructeurs et néfastes étaient encore accentués par le manque de cadres formés et de main d’œuvre qualifiée.

La Guinée en est un exemple frappant ; elle a cumulé durant des années tous ces désavantages accentués par un repli du pays sur lui-même. Ce système pernicieux maintenait notre pauvre pays dans une relation de dépendance.

Aujourd’hui les prises de conscience et les révoltes populaires les chassent les uns après les autres au profit d’élus plus responsables.

Dans ce contexte, la révolution doit se faire d’abord dans nos têtes : la nouvelle génération de guinéens doit s’engager résolument à servir d’abord notre patrie.

Nous avons tous identifié les maux qui rongent la Guinée. Nous savons que ce pays fait face à d’énormes défis : reconstruction d’une économie exsangue, mise à mal par des années d’inertie et de crise ; défi du rétablissement de l’autorité de l’État, de la reconstruction de forces de sécurité.

Et le défi le plus important, la restauration de l’unité du peuple guinéen, par des mesures de justice et de réconciliation.

C’est pourquoi, les Guinéens se doivent d’être vigilants pour que la bonne gouvernance, définie comme la gestion transparente et responsable de l’ensemble des ressources de notre  pays pour son développement équitable et durable, devienne la règle et non pas l’exception. Il est essentiel en effet, que le peuple puisse lui aussi bénéficier des richesses de son pays, redéployés en accès à l’eau, à la santé, à l’éducation, à une vie meilleure.

L’économie ne se construit pas un coup de baguette magique et à coup de seules subvention, elle se construit parce que des chefs d’entreprises viennent et créent des emplois, et par là même de la richesse.

Nous avons besoins d’expertise dans tous les domaines, de cadres bien formés constituant ainsi l’ossature d’une économie compétitive.

Et la diaspora guinéenne est de ce point de vue inestimable car elle est disséminée dans tous les pays industrialisés du monde et leur fournit des compétences acquises durant de nombreuses années.

Ces compétences, ces talents, ces années d’études et, de spécialisation doivent maintenant servir à aider et à propulser la Guinée.

Sur le plan politique, si nous n’appuyons pas les premiers pas de la démocratie, chancelants et difficiles, par une attention de tous les instants en préparant l’avenir pour de nouvelles élections, nous risquerons toujours de voir, à nouveau le pouvoir confisqué par un ou plusieurs dictateurs.

Car, l’ethno stratégie mise en place par les leaders de tous bords n’est pas la démarche du peuple guinéen mais une volonté d’instrumentaliser nos compatriotes aux fins de garder ou d’obtenir le pouvoir.

Ou pourrais-je le dire mieux qu’ici, dans ces circonstances, l’unité nationale ce n’est pas l’uniformité, c’est le pluralisme et le choc des idées, c’est aussi le sentiment d’appartenance à une communauté forgée dans l’histoire, apte à épouser son époque, prête à la grande aventure du temps présent ou chacun d’entre nous peut choisir librement sa manière de vivre, les compagnons de sa vie, à la condition suprême et décisive de savoir vivre ensemble.

Je forme les vœux que la Guinée retrouve le sens d’un destin commun en sachant rompre avec l’ethnocentrisme, la corruption, qui sont des logiques de division qui ne conduira finalement qu’à la destruction.

Je veux le dire avec force pour que chacun le comprenne : la démocratie n’est pas un privilège réservé aux pays occidentaux. C’est une aspiration profonde de chaque peuple, sur tous les continents de la planète. C’est aussi la garantie de la paix et du développement

Mais voulons-nous vraiment que cesse l’arbitraire, la corruption, la violence ? Voulons-nous que partout règne l’État de droit qui permet à chacun de savoir raisonnablement ce qu’il peut attendre des autres ?

Voulons-nous la paix dans notre pays ? Voulons-nous lutter contre l’ethnocentrisme, mettre fin au cycle infernal de la vengeance et de la haine ? C’est à nous, mes compatriotes, de le décider.

Et si nous le décidons, la France et la Communauté Internationale seront à nos côtés, mais la France et la Communauté Internationale ne peuvent pas le faire à notre place.

Ce que veut faire cette nouvelle génération guinéenne, c’est regarder en face les réalités pour se détourner définitivement de la politique des mythes.

VIVE LA République !
VIVE LA GUINEĖ !

 
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